"
Le secret dérobé "

Laissons la parole à Franck Daffos :
Tel est le titre
d'un livre à paraître très prochainement
de Franck Daffos, aux éditions l'Oeil du Sphinx (Paris/Rennes
le Château). En avant première, l'auteur a bien
voulu développer ses thèses au cours de l'assemblée
annuelle de Terre de Rhedae, qui s'est tenue à
Rennes les Bains, le samedi 16 avril. Plus qu'un compte rendu
littéral, cet article est une extrapolation de son exposé.
Cela
fait un peu plus de trente-cinq ans que je viens à Rennes
le-Château . Non de façon régulière,
mais ponctuellement, une ou deux fois par an. La première
fois, j'y suis arrivé par hasard pendant les événements
de Mai 68, j'avais quinze ans. Pensionnaire chez les Pères
Assomptionnistes de Toulouse, j'avais fait " le mur "
avec quelques camarades. Partis pour Collioure, audelà
de Perpignan, nous nous sommes perdus. Finalement, nous avons
échoué à Rennes le Château..
Bien que cette affaire m'intéressait, je n'en étais
pas obsédé. Lors de mes passages dans la région,
j'achetais volontiers les livres qui paraissaient sur le sujet.
Cette histoire
devait me rattraper il y a deux ans, au printemps 2003. A Toulouse,
j'achetai à un bouquiniste une petite monographie au sujet
d'une église de l'Aude. C'était une publication
des années 60. Quelques jours plus tard, en la feuilletant,
j'eus une impression étrange : il me semblait lire quelque
chose, alors que l'auteur en disait une autre. En fait, je m'aperçus
qu'il ne parvenait pas à comprendre certaines anomalies
architecturales de l'église qu'il décrivait. De
plus, le plan qu'il en donnait était faux. Etait-ce à
dessein ?
Je relu très
attentivement cet opuscule. Puis, bientôt, me sont apparues
certaines concordances avec l'église de Rennes le Château,
surtout en ce qui concernait la décoration intérieure.
Je me suis donc
de nouveau rendu à Rennes, mais cette fois dans le but
d'observer l'église avec un regard neuf. Dès lors,
l'examen des inscriptions du porche furent " parlantes "
. Héritage de mes études chez des religieux, on
m'accordera une bonne pratique du latin et certaines notions
de théologie.
J'en suis vite
arrivé à ce constat : l'église de Rennes
le Château se lit comme un livre. Elle se présente
avec un avant propos extérieur, une introduction qui en
est le tympan , un développement constitué de la
décoration intérieure, et une conclusion qui n'est
rien de moins que les deux statues sises derrières l'autel.
Je me suis rapidement
aperçu que l'église de Rennes avait été
agencée pour être le reflet d'une autre église.
Celle de Notre Dame de Marceille, près de Limoux!
De fait si l'on
examine bien les deux piliers de l'église, on y aperçoit
respectivement la date 1646 et l'inscription IHS. De toute évidence,
ces deux graphismes avaient été laissés
exprès, en dépit de la profonde restauration entreprise
dans les années 1890.
Considérant
la date inscrite, je me suis donc intéressé au
XVIIe siècle, et plus particulièrement ce qui aurait
pu se passer dans la région, vers 1646. Pierre Jarnac
avait suggéré qu'il pouvait s'agir d'une date de
réfection de l'édifice, un an après la découverte
d'un trésor par un certain Ignace Paris, berger de son
état.
Je ne négligeai
pas pour autant de comprendre la présence de ce I H S,
d'autant qu'il avait une graphie particulière. Un H exagérément
étiré.
J'ai fini par en trouver l'explication dans le livre de l'abbé
Boudet, " La Vraie langue celtique.. ", à
la p. 25. Par la suite, j'ai pu déterminer que ce I H
S était la signature janséniste de Nicolas
Pavillon, évêque du diocèse d'Alet, de 1630
à 1677.
En fait, ce cartouche
I H S initie à un parcours sur lequel se trouve l'église
de Rennes le Château, pour aboutir au sanctuaire de Notre
Dame de Marceille.
II semblerait
qu'un trésor ait été trouvé par hasard,
au milieu du XVII, effectivement en 1645, à l'époque
de Blaise d'Hautpoul, seigneur de Rennes.
C'était une fortune considérable probablement trouvée
par un berger. D'abord Blaise dHautpoul se confie à Nicolas
Pavillon, évêque d'Alet, qui était alors
un Evêché. Le trésor est trop énorme,
Blaise d'Hautpoul se cherche un protecteur. II faut souligner
que le contexte politique invite à la prudence. On est
en pleine Régence et les Espagnols menacent nos frontières
Mais Pavillon est rusé. II parvient à circonvenir
le seigneur de Rennes et obtient de lui de substantielles livraisons
prélevées sur le dépôt. Dès
lors, les ressources dont l'évêque d'Alet semble
bénéficier en étonnent plus d'un.
Finalement, Blaise d'Hautpoul se lasse et intente un procès
à l'évêque sous un motif dérisoire.
En réalité, le seigneur de Rennes veut lui interdire
l'accès de ses terres et donc de la cache. [Entendons
nous bien, Nicolas Pavillon est ici une personne morale, ce n'est
évidemment pas lui qui rampait vers le trésor et
puisait allègrement dedans!]
Au final,
les deux hommes s'entendent sur un compromis.
Blaise d'Hautpoul accepte de reprendre les envois, mais ils se
feront à sa discrétion.
Entre temps,
l'évêque d'Alet est taraudé par ce secret.
II craint qu'il ne se perde et veut laisser un message. Lui vient
l'idée d'un tableau crypté. Il en appelle à
son neveu, Jean Pavillon, qui est peintre. Le jeune homme travaille
pour Renaud le Vieux, lui même très proche du grand
Nicolas Poussin. C'est ainsi que les Bergers d'Arcadie seront
réalisés.
Quelques années
passent, l'austère évêque d'Alet est peu
à peu gagné au jansénisme. Ses débordements
l'opposent au pape. Jadis proche de la Compagnie du Saint Sacrement,
il la voue désormais aux gémonies. De son côté,
Nicolas Poussin, proche des jésuites et des dévots,
s'effraie de l'attitude de Pavillon. Il redoute que l'évêque
frondeur mette le trésor, pour lequel il a peint l'un
de ses plus célèbres tableaux, au service de la
cause janséniste. Il fait part de son inquiétude
à la famille Fouquet, dont le membre le plus influent
en est Nicolas Fouquet, Surintendant des Finances du royaume.
Mais tout ce
que réussi à faire Nicolas Poussin, ce fut d'introduire
le loup dans la bergerie. Fin 1656, en effet, Nicolas Fouquet,
par le magot " alléché " fait nommer
son frère François coadjuteur, c'est à dire
futur évêque, de l'Évêché de
Narbonne. Or, le premier travail de François Fouquet est
d'aménager le sanctuaire de Notre Dame de Marceille en
coffre fort.
Il est à
observer que sous l'Ancien régime, si Rennes dépend
du diocèse d'Alet, Limoux et Notre Dame de Marceille sont
de la juridiction épiscopale de Narbonne. L'intérêt
était que le sanctuaire marial soit proche d'Alet.
Nicolas Pavillon
n'a pas eu d'autre choix que de composer. Au lieu d'être
le seul bénéficiaire de cette manne providentielle,
il doit désormais en rétrocéder la quasi
totalité à l'évêque de Narbonne (François
Fouquet est devenu évêque en titre en 1659). Mais
il semble que Pavillon ait conservé le secret de la provenance
de tout cet or.
Le 17 août
1661, Fouquet reçoit le roi dans son nouveau château
de Vaux-le-Vicomte, dont la construction s'est achevée
plus vite que prévue. La fête est somptueuse, mais
Louis XIV, qui a déjà des doutes sur l'honnêteté
de son Surintendant, est désormais persuadé que
son ministre pille les finances de l'État à son
profit. Et trois semaines plus tard, il le fait arrêter.
Las! Son procès
est instruit par Colbert. Mais les juges, persuadés de
l'innocence de Fouquet, refusent de le condamner. Colère
de Louis XIV qui les fait révoquer et remplacer par des
magistrats plus dociles. Nicolas Fouquet comprend que son sort
est scellé. Il avoue à Colbert qu'en réalité
une partie de ses fonds provient d'un trésor, qu'il tient
de son frère François Fouquet, évêque
de Narbonne.
Dès lors,
Nicolas Fouquet devient l'otage de Louis XIV, qui obtient l'envoi
des fonds à son profit tant que le Surintendant restera
en vie. C'est l'époque où Colbert, nommé
contrôleur général des Finances, créé
de nombreuses manufactures et que Versailles est en chantier.
Dans le même
temps, François Fouquet eut à subir un semi exil
en Normandie et va finir sa vie sous la tutelle de l'évêque
de Rouen. On suppose que c'est Mgr Dagen, son Vicaire Général,
qui supervisait les envois.
Mais en 1673,
François Fouquet meurt. Ce flot d'or se tarit d'un seul
coup. On ignore tout de sa provenance. Il est probable que, peu
avant de mourir, François Fouquet s'était laissé
aller à quelques confidences. C'est depuis ce temps là
qu'on a vu souvent l'Évêché de Rouen s'intéresser
aux affaires de Carcassonne. De Jean Fuzelier de la Feuille,
avant la Révolution, à Mgr de Bonnechose dans les
années 1850, tous sont venus de Rouen, à la recherche
de la mystérieuse crypte au trésor.
C'est en 1677
que s'éteignit Nicolas Pavillon. Que le secret disparaisse
avec lui le préoccupait, d'autant qu'il s'était
aperçu que les Bergers d'Arcadie présentaient l'inconvénient
d'être inexploitable pour qui voulait retrouver physiquement
la cache de Rennes. Comment aurait il pu en être autrement,
puisque lui même n'avait que des éléments
théoriques à ce sujet... II ignorait concrètement
comment localiser l'emplacement du trésor!
En 1694, à
son tour, Blaise d'Hautpoul meurt. Cette fois s'en est bien fini
du secret de Rennes.
Tout va resurgir,
moins d'un siècle et demi plus tard, grâce à la sagacité
d'un aumônier de Notre Dame de Marceille, Gaudéric
Mêche. En poste depuis quelques années, l'homme
se comporte étonnamment. Il dépense beaucoup pour
le sanctuaire : achats de terrains, restauration du gros oeuvre,
etc., sans jamais demander le moindre subside à la communauté
qui gère le pèlerinage de Notre Dame de Marceille.
Inquiets et, peut être, craignant un scandale imminent,
les marguilliers obtiennent son départ en 1838. Il est
alors relégué à Notre Dame du Cros, près
de Caunes Minervois.
Lui succède
Henri Gasc. Pareillement, il va intriguer le Conseil de Fabrique
par sa prodigalité pour le sanctuaire. Mais c'est un homme
altier et on hésite à le provoquer. Si bien qu'il
restera en place jusqu'en... 1872.
Ce qu'on sait
moins, c'est que Gasc dispose de contacts. Il a pris lien avec
l'abbé Jean Vie, curé de Rennes les bains, pour
opérer des fouilles dans son secteur qu'il s'est être,
par certains éléments trouvés, le siège
de la cache initiale du trésor. En cadeau, il lui offre
un tableau représentant une Crucifixion, oeuvre
de son talent. Ce tableau, toujours en place dans l'église
de Rennes les Bains, est la copie presque conforme d'une autre
toile, peinte aussi par lui, qu'il a offerte à un prêtre
de ses amis. Mais Jean Vie jettera l'éponge et, en 1855,
il fait part du peu qu'il sait à l'évêque
de Carcassonne qui n'est autre que Mgr de Bonnechose.
Gasc est désespéré
par cette situation.
Pendant près de dix ans, il va chercher un homme suffisamment
intelligent et dévoué pour résoudre une
énigme dont il n'a que des éléments fragmentaires.
C'est Mêche, son prédécesseur, qui lui parlera
de l'abbé Henri Boudet, jeune vicaire à Caunes
Minervois. Dès lors, Gasc va suivre avec la plus grande
attention la progression de Boudet jusqu'à sa nomination
(fortuite ?) à Rennes les Bains en 1872. Il était
temps car, la même année, le turbulent aumônier
quitte le sanctuaire de Notre Dame de Marceille. L'Évêché
" profite " de cette vacance pour y installer des Pères
Lazaristes. L'intermède des riches aumôniers avait
assez duré.
Pour comprendre
la suite, il me faut fournir quelques précisions. On a
compris que Mèche et Gasc (le premier ayant coopté
le second) avaient respectivement trouvé sous l'église
la crypte aménagée par François Fouquet,
lequel avait laissé des indices dans le sanctuaire probablement
destinés à son frère Nicolas, le Surintendant,
quand celui-ci serait libéré. Lorsque Mêche
découvrit cette crypte, il dut y trouver une grande quantité
d'or, laissée là lorsque l'acheminement s'est interrompu
à la mort de François Fouquet. On sait que la filière
s'est immédiatement arrêtée, puisqu'un autre
dépôt a longtemps subsisté dans l'un des
relais qu'empruntèrent les successifs chargements. Mais,
outre le dépôt précieux, il devait subsister
dans ce réduit des documents attestant de l'origine de
ce trésor avec un certain nombre d'éléments
permettant de remonter à la cachette originelle.
Sachant qu'il
ne serait pas éternel et ne voulant pas refaire la même
expérience décevante qu'avec l'abbé Vie,
Henri Gasc, pour pérenniser son message, confectionna
quatre Parchemins, les codant à partir de textes de l'Évangile,
et peignit une Piéta, copiée sur un célèbre
tableau de Van Dyck.
En dépit
de l'aide de son mentor, l'abbé Boudet mettra plus de
dix ans pour solutionner l'énigme. Hélas, Gasc
n'est plus de ce monde pour l'en féliciter.
Il se produit
alors quelque chose d'étonnant. Bien que jusqu'à
présent le secret de ce trésor ait été
l'apanage de prêtres, Boudet choisit de faire passer le
message dans le public. Il écrit donc son livre "
La Vraie langue celtique " en moins d'un an et le
publie en 1886. Mais c'est un échec. Ses rares lecteurs
raillent sa fantaisie et son ignorance du sujet abordé
(la Préhistoire et le Celtisme). Sur ces entrefaites,
il fait la connaissance de son confrère de Rennes le Château,
l'abbé Bérenger Saunière, promu à
cette cure l'année précédente. C'est un
homme de trente-trois ans, dynamique, qui se désole de
l'état déplorable de son église. Hélas,
il n'a pas les moyens de ses ambitions. Boudet décide
de l'aider. La décoration intérieure de l'église
sera l'illustration vivante de son livre.
Début
des années 1890, dès après la réfection
du gros oeuvre,
les vitraux, le tympan, la chaire et le confessionnal sont installés.
Boudet s'apprête à passer à l'étape
suivante lorsqu'en 1891, il se passe un événement
imprévu: Notre Dame de Marceille est mise en vente !
Depuis la Révolution, le sanctuaire marial est en indivision
. Elle se présente ainsi
- un quart appartient à l'Évêché,
qui en a hérité de l'abbé Mèche,
à sa mort, en 1864 ;
- un autre à un M. Andrieu, châtelain et notable
local ;
- un troisième à l'abbé Théodore
Lasserre, curé d'Alet les Bains ;
- le dernier, enfin, à un banquier de Laroque d'Olmes,
dans l'Ariège, un dénommé Bourrel.
C'est celui ci qui veut faire disparaître l'indivision
et réclame la vente du sanctuaire. Par jugement du tribunal
de Limoux, il obtient gain de cause. Mais ce n'est pas suffisant.
En appel à Montpellier, les juges retirent l'affectation
cultuelle de Notre Dame de Marceille.
Lasserre, pour des raisons sentimentales (ses aïeux aussi
bien maternels que paternels avaient sauvé la Vierge Noire
et le sanctuaire à la Révolution) s'inquiète
de cette main mise. C'est alors qu'une conversation avec son
ancien vicaire (1879 1882)... Bérenger Saunière,
lui apprend qu'un proche confrère dépense beaucoup
d'argent pour restaurer l'église de Rennes le Château.
Cette prodigalité n'est pas sans rappeler à Lasserre
celle qui caractérisait les anciens aumôniers de
Notre Dame de Marceille, Mèche et Gasc. Le problème
se serait il déplacé ?
Lasserre choisit d'entrer en contact avec l'abbé Boudet
grâce à un livre, une brochure écrite dans
l'urgence, et qu'il intitule : < Histoire du pèlerinage
de Notre Dame de Marceille, près Limoux sur Aude"
(Limoux, 1891). Elle se distingue surtout par les éloges
que l'auteur formule sans réserve à l'égard
de Boudet et par la reproduction in extenso du jugement du tribunal
civil de Limoux en date du 4 juin 1890 et qui ordonne la vente
du sanctuaire.
L'appel sera entendu. Boudet parle à Lasserre, lequel
informera Mgr Billard du secret de Notre Dame de Marceille. Désormais,
on va voir l'évêque de Carcassonne s'investir pour
racheter l'église mariale, usant de tous les procédés
jusqu'à l'illégalité. C'est ainsi qu'il
se lancera dans la captation d'un héritage, au risque
d'un procès que lui intenteront les héritiers spoliés.
Pierre Jarnac a raconté toute cette affaire dans ses <
Archives de Rennes le Château ", en 1988.
La vente du sanctuaire a lieu le 17 janvier 1893. Estimée
à 4000 francs, l'église est adjugée... 53
000 francs à Bourrel ! Mgr Billard aurait il perdu la
partie ? C'est mal le connaître. Au son du tocsin, il fait
retirer la Vierge Noire du sanctuaire. Pour le coup, NotreDame
de Marceille devient une coquille vide. Adieu les profits liés
au pèlerinage.
Officiellement, Bourrel est roulé dans la farine.
En fait, par acte secret devant notaire, Billard rachète
en son nom propre NotreDame de Marceille et paie une plusvalue
au banquier de 18 000 francs (environ 120 000 Euros) ! On sait
que l'Évêque de Carcassonne acquittera la somme
supplémentaire de II 000 francs à l'un des copropriétaires,
M. Andrieu, pour lever une hypothèque que celui ci avait
fait inscrire, craignant d'être la dupe de ce duo.
Et c'est une probabilité que l'opposition Bourrel Billard
n'était qu'un leurre. Billard souhaitant faire monter
les enchères de façon à ce que cette vente
soit hors des possibilités financières de l'Évêché,
pour pouvoir s'y substituer ensuite à titre personnel.
A ce point, il
faut nous interrompre pour revenir à Boudet. Pendant six
ans, le curé de Rennes les Bains suspend les travaux dans
l'église de Saunière. Il attend de voir comment
l'affaire du sanctuaire se déroule. Il s'inquiète
que l'on ait mêlé Bérenger saunière
à cette histoire. Mais, finalement, chacun a bien joué
son rôle. Rassuré, Boudet achève la décoration
de l'église. Elle pourra être inaugurée le
8 juin 1879, en présence de ... Mgr Billard. Le Père
Mercier, lazariste de Notre Dame de Marceille, fut présent
à la cérémonie.
Revenons maintenant au fil de notre récit.
Mgr Billard,
pleinement propriétaire du sanctuaire, était désormais
dans la situation de pouvoir exploiter le reliquat du dépôt
subsistant dans la crypte. Mais, la discrétion était
de rigueur.
En dépit de sa bonne volonté, l'abbé Lasserre
ne pouvait être d'un grand secours, le vieux curé
d'Alet les Bains devait décéder en février
1897. C'est donc à Saunière que l'on songea pour
le rôle du commis voyageur. Au terme d'un système
convenu, Saunière partait pour une destination avec, dans
ses bagages, des objets précieux. A chacun de ses retours,
des mandats affluaient à la Poste de Couiza. C'est ainsi
que Saunière était rétribué pour
ses services. L'argent qu'il recevait prenait l'apparence d'honoraires
de messes, payés par un certain nombre de communautés
religieuses - toujours les mêmes.
Quant à
Mgr Billard, il se donnait ainsi les moyens d'oeuvrer pour un
grand projet qui lui tenait à coeur: la restauration du
monastère de Prouille.
On connaît la suite. La mort de Mgr Billard intervient
alors que Saunière a déjà commencé
la construction de son domaine. Mais le curé de Rennes
a des " économies ", il pourra mener son projet
jusqu'à terme. Mais au delà ? Eh bien! Il mettra
à profit le système déjà mis en oeuvre
par Mgr Billard, mais cette fois se sont de véritables
honoraires de messes qu'il draine. Aux communautés religieuses,
se substituent des particuliers nobles et fortunés. Le
mystère réside dans la façon dont il a réussi
â les intéresser à son sort. Puis ce fut
le procès que lui intenta Mgr de Beauséjour. Les
tracas et une prédisposition aux accidents cardiaques
auront raison de lui.
Saunière décédera le 22 janvier 1917. II
aura toujours ignoré le rôle qu'on lui fit jouer
à Rennes le Château.
Pierre
Jarnac
bulletin Pégase N° 11 avril juin 2005 |